Paroles d’amis


Hervé SPYCHER
Le plasticien Hervé SPYCHER (1972-) vit et travaille à Mulhouse. Sa recherche artistique, notamment en sculpture, s’appuie sur le détournement et l’assemblage de matériaux et d’objets de récupération – naturels, biens de consommation, etc. -, dans la perspective d’un discours écologique, politique, voire subversif, et d’une critique de la société de consommation.
« Citoyen du monde », il multiplie les voyages – Maroc, Laos, Mayotte, Madagascar, etc. –, à la découverte de nouvelles sources d’inspiration dans la nature et les rencontres.
Son intérêt pour l’art traditionnel africain, les « arts premiers », se fonde sur les formes mais également sur le « côté magique » qu’une pièce est susceptible de dégager (Hervé Spycher, 10/10/2012, Mulhouse). Notons que c’est par Pablo PICASSO qu’il a connu l’art africain, puis par les musées, les livres et Internet.
Sa sculpture, Baobab (2010) (Ill.181), a été créée au retour d’un séjour à Mayotte . Par la récupération de tonneaux d’huile, notamment de célèbres firmes présentes en Afrique, et leur détournement pour en réaliser un arbre, symbole de vie, l’artiste dénonce la pollution et l’exploitation du continent par les multinationales.

Ill. 181. Hervé SPYCHER, Baobab, 2010 Fer (tonneaux d’huile), 4 m. © Hervé SPYCHER

 

Cette œuvre, de par son contenu et sa technique – le détournement et la récupération des objets sont des comportements fortement ancrés dans la culture africaine, – pose la question de son appartenance identitaire, ni tout à fait française, occidentale, ni tout à fait africaine. Cette création qui matérialise la rencontre de deux cultures, témoigne de l’advenue d’autre chose, précisément d’une identité plurielle et complexe.

G.Weiss (extrait de thèse de doctorat)

 

 

 

 

 

 

 

Hervé Spycher : un Sculpteur hors du commun.

Au premier abord on aurait tendance à qualifier le travail d’HS de Récupart. Ce mouvement artistique aux contours un peu vagues, englobant une multitude d’artistes qui assemblent des objets ou des déchets trouvés au hasard d’opérations de récupération.

Ce qu’il a certainement hérité du mouvement qui a été marqué par Ambroise Monod, c’est son côté visionnaire, cet instinct de la transformation, de la transgression avec en plus une sublimation dans le détournement des objets dénichés, parfois dans les endroits les plus improbables.
Ce ne sont pas ces objets qui viennent à lui au hasard de ses trouvailles, mais bien lui qui construit minutieusement des projets très structurés, avec toujours, une grande profondeur dans les thèmes abordés .

HS est donc bien plus qu’un récupartiste, la variété de son travail en témoigne.
Chacune de ses œuvres raconte une histoire, chacune est une réflexion subtile, très souvent sur le thème du temps .
HS est un éclectique capable d’aborder tous les sujets . Il maîtrise avec aisance toutes les techniques et tous les matériaux.
Souvent, c’est une partie de sa vie, un souvenir de voyage qui apparaît et qui donne une dimension intime à sa sculpture. En prenant le temps de l’examiner on ressent une invitation à pénétrer cette intimité .C’est une partie de lui même qui se dévoile.
Grâce à son savoir-faire polyvalent, il a la capacité de transformer des objets inertes en véritables scènes, ce qui confère parfois à certaines d’entre elles un caractère théâtral.
On est subjugué par son pouvoir de construire des personnages avec des pièces parfois totalement hétéroclites . Il réussit à leur donner des postures, des attitudes, à travers lesquelles on devine des sentiments bien précis.
Dans l’éléphant, par exemple, une de ses pièces majeures, il exprime la puissance de l’animal,mais aussi sa grâce et sa fragilité.On a presque l’impression qu’il va se mettre en mouvement.

HS n’est pas seulement un assembleur, un plasticien, un sculpteur … c’est aussi un philosophe.
C’est à travers son œuvre qu’on peut recevoir cette philosophie.
Il a l’envergure d’un Tingely ou d’un Arman.

Yves Bingert